Pourquoi PierreKiRoule ?

Une conférence d’Albert Jacquard à laquelle j’ai assisté adolescent a changé ma vie.

Je ne garde aujourd’hui qu’un souvenir diffus  du contenu de la conférence. Pourtant, une image est restée ancrée dans mon esprit. Cette image porte en elle toutes les valeurs d’humanisme qui avaient été énoncées durant la soirée. Ça ressemblait à ça : « (…) C’est parce que l’homme interagit avec ses semblables que la vie a du sens. Seul, un humain est comme un caillou posé au bord de la rivière. Son existence est vaine. Il est condamné à rester posé là, pour l’éternité, grain de sable perdu dans le grand tout. (…) »

J’ai gardé en souvenir de cette soirée le piquant du froid de février, la  découverte de ce personnage incroyable (il avait l’allure extérieure d’un compromis entre Gargamel et mon libidineux professeur de biologie de l’époque, mais les paroles qui sortaient de sa bouche étaient bouleversantes de vérité). Surtout, je garde l’image mentale mais concrète du caillou immobile au bord de la rivière.

Je me revois sortant de la salle de conférence l’esprit entièrement dénoué, en prise à des évidences qui jusqu’aujourd’hui donnent du sens à ma vie. Quel destin terrible que celui du caillou ! J’avais alors décidé de me voir comme une pierre roulant dans le lit de la rivière, dans le monde, en vie.

L’adage moyenâgeux dit « Pierre qui roule n’amasse pas mousse ». Il invite celui qui l’entend à la stabilité (ici synonyme d’immobilisme). Dans cette vision matérialiste du monde c’est la stabilité seule qui peut porter ses fruits. Ce ne serait qu’en restant figé que la vie (la mousse/l’argent) pousserait autour du caillou.

Mon amour du mouvement et de la liberté a construit une représentation de ma vie dans laquelle c’est au contraire la pierre qui roule qui est vivante. J’ai donc nommé mon association « PierreKiRoule». Au travers de ses deux activités principales : les ateliers philo jeune public et les accompagnements personnels. La matière première est le lien humain, qui nous libère de l’éternité pesante et solitaire du caillou posé seul dans l’univers. Ce lien aux autres, ce lien à soi est ce qui fait de nous des cailloux roulant au fond de la rivière.